Le Leica X Typ 113 : la caméra que personne ne regarde
Le Leica X (Typ 113). Photo réalisée avec un X100vi et son flash intégré (Recette de film CW - Typ 113).
Il y a des caméras qui font beaucoup de bruit
Des lancements, des tests, des vidéos YouTube et des fils Reddit qui n'en finissent plus. Et puis il y en a d'autres qui existent dans le silence, qui ont fait leur apparition discrètement, qui ont produit des images remarquables, et qui ont été rangées dans un placard sans qu'on leur ait vraiment prêté attention.
Le Leica X Typ 113 est de celles-là.
Lancée en septembre 2014 est équipée d'un objectif fixe Summilux 23mm f/1.7 — l'équivalent d'un 35mm en plein format — et d'un capteur APS-C 16 mégapixels, elle n'a eu que neuf mois d'existence avant que la Leica Q ne débarque avec son capteur plein format, son viseur électronique intégré et son objectif 28mm f/1.7. Dans la communauté Leica, ce lancement a tout éclipsé. La Typ 113, déjà concurrencée par des appareils plus agiles et mieux équipés, n'a tout simplement pas eu le temps d'exister.
Ce qu'on n'a pas dit assez fort à l'époque, c'est qu'elle produit des images d'une qualité tonale extraordinaire. Et ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi cette caméra reste aussi peu connue aujourd'hui, parmi les amateurs de Leica et sur les réseaux sociaux en général. Une caméra qui produit de telles images mérite mieux que l'oubli.
Sous le radar, et pour de bonnes raisons
La Typ 113 n'a jamais eu de mise à jour de firmware. Aucune. Pour certains, c'est un signe d'abandon. Pour moi, c'est exactement l'inverse.
Quand une caméra sort sans jamais nécessiter de correctif, deux lectures sont possibles : soit personne ne s'en préoccupait, soit le produit était achevé dès le départ. Dans le cas de la Typ 113, je penche pour la deuxième hypothèse. Ma lecture est que Leica avait un objectif précis, une vision claire du rendu souhaité, et a livré exactement ce qu'elle avait prévu. Le firmware d'origine est le firmware définitif. Il n'y avait rien à corriger parce qu'il n'y avait rien à améliorer dans la direction qu'ils s'étaient fixée.
C'est une forme de cohérence rare.
Un mariage réussi entre l'objectif et le capteur
Ce qui fait le caractère de cette caméra, ce n'est pas une seule de ses composantes. C'est leur dialogue.
L'objectif Summilux 23mm f/1.7 est excellent : net au centre dès la pleine ouverture, avec des zones hors mise au point douces et chaudes, et une qualité de transmission de la lumière qui rappelle les optiques Leica de la grande époque. Le capteur restitue les couleurs avec une sobriété et une profondeur que les capteurs modernes peinent souvent à reproduire. Leur supériorité en résolution et en gestion du bruit ne change rien à cela. Les teintes chaudes du pelage de mon chat sont restituées avec un naturel que peu de capteurs modernes atteignent. Les hautes lumières cèdent leur détail lentement et avec grâce. Les noirs sont riches sans être bouchés.
Seize mégapixels, un capteur APS-C et une caméra de 2014 : sur le papier, rien d'impressionnant. Dans la pratique, un trésor caché, à condition que l'objectif et le capteur aient été accordés l'un à l'autre avec soin. Et c'est précisément ce que Leica a fait.
Il y a par ailleurs quelque chose d'ironique à noter. Leica ne propose plus cette configuration aujourd'hui. Ni le Q3 ni le Q3 43 n'offrent un objectif fixe équivalent à 35mm dans un compact. La Typ 113 reste, à ce jour, la seule caméra compacte à objectif fixe de la marque à avoir proposé cette focale. Pour qui cherche précisément cela dans l'univers Leica, le marché de l'occasion est la seule réponse.
Beth mon chat. Un rendu stupéfiant produit par le Typ 113. En raison de la proximité du sujet, l’appareil, réglé à f/1.7, s’est auto-ajusté à f/2.8.
Le comportement de l'objectif à courte distance
Il y a un aspect de la Typ 113 qui a beaucoup irrité les critiques de l'époque et qui mérite, selon moi, une lecture différente.
Si vous sélectionnez f/1.7 sur la molette d'ouverture et que vous photographiez un sujet situé à moins d'environ 1,2 mètre, la caméra ne vous obéit pas. Elle réduit progressivement l'ouverture à mesure que vous vous rapprochez, jusqu'à f/2.8 à la distance minimale de mise au point de 20 centimètres. Ce comportement se produit en mode A et en mode P. En mode entièrement manuel, la caméra vous laisse à f/1.7 à n'importe quelle distance. Et si vous l'essayez, vous comprendrez pourquoi Leica a probablement choisi de l'en empêcher par défaut.
Mon interprétation est celle-ci : à f/1.7 et à courte distance, l'objectif n'est pas à la hauteur du standard que Leica s'était fixé. Plutôt que de laisser le photographe découvrir cette limite lui-même, la caméra prend la décision à sa place. On peut débattre de la philosophie. Un puriste dira que c'est au photographe de décider. Mais il y a une autre façon de lire ce choix : Leica savait exactement ce que cet objectif pouvait offrir, à quelle distance et à quelle ouverture, et a conçu la caméra en conséquence.
C'est de la cohérence, pas de la limitation.
Ce que cette caméra m'a appris
Photographier avec la Typ 113 m'a donné quelque chose que je n'attendais pas : une sensibilité nouvelle à un certain type de rendu. Des images douces, naturelles et ancrées dans la lumière réelle plutôt que dans une interprétation numérique de la lumière. J'ai commencé à reconnaître cette qualité ailleurs, à la chercher et à la trouver belle et apaisante.
C'est cette sensibilité acquise qui m'a permis de pleinement apprécier le travail de Victor Séguin dans Les enfants vont bien, une photographie cinématographique d'une retenue rare, que je n'aurais peut-être pas remarquée avec le même regard avant. Et c'est ce regard, affiné par la Typ 113, qui a mené à CW–Typ 113, à CW–Victor Séguin et à CW–VS Mono Soft.
Une caméra de 2014, empruntée le temps de quelques semaines, est à l'origine de trois recettes de la série.
Ce n'est pas rien.
- Louis-Martin Ouellet