Nothing Selected : la porte que personne ne pense à ouvrir

Pourquoi commencer sans rien, avant de construire quelque chose

Sur l'écran arrière des caméras Fujifilm récentes, un menu propose plusieurs emplacements de réglages personnalisés : C1 à C7. C'est là qu'on range ses recettes, ses configurations favorites et ses façons de voir. La plupart des guides vous expliqueront comment les remplir.

Personne ne parle de l'option au-dessus : Nothing Selected.

Nothing Selected

Ce que Nothing Selected signifie vraiment

Choisir Nothing Selected, c'est demander à la caméra de produire le rendu pur et inaltéré d'une simulation de film, sans aucun réglage superposé, sans intervention et sans intention autre que celle qu'a encodée Fujifilm dans cette simulation. On sélectionne une simulation, on ne touche à rien d'autre et on laisse le processeur X-Trans faire exactement et uniquement ce pour quoi cette simulation a été conçue.

C'est déceptivement simple. C'est aussi, à mon avis, le point de départ obligé de toute démarche sérieuse avec une caméra Fujifilm.

Les arpèges d'abord

Tout pianiste fait des arpèges — beaucoup, et longtemps — avant de s'attaquer à une partition. Pas parce que les arpèges sont une fin en soi, mais parce qu'ils sont le seul moyen d'entendre vraiment chaque note, d'en comprendre le poids, les relations et les résonances. On ne peut pas interpréter ce qu'on n'a pas d'abord écouté.

Il en va de même avec les simulations de film.

Le nombre de simulations varie selon le modèle de caméra. Chacune a sa propre façon d'interpréter la lumière, les couleurs, les contrastes et les ombres. Pour comprendre ce que fait chacune d'entre elles et pour saisir ce qui les distingue les unes des autres, il faut les observer à l'état pur sans que d'autres réglages viennent brouiller l'écoute.

Ce que vous y trouverez, je ne vous le dis pas. Ce n'est pas l'objet de ce billet et ce serait vous priver d'une découverte qui vous appartient.

Pourquoi ça évite l'improvisation

Sauter cette étape pour aller directement à la création de recettes, c'est bâtir sur une fondation qu'on n'a pas examinée. On ajuste des paramètres dont on ne comprend pas encore les effets de base, on cherche un résultat sans savoir d'où on part et on improvise. L'improvisation, en photographie comme en musique, ne produit quelque chose d'intéressant que si on maîtrise déjà ce qu'on fait.

Nothing Selected est la façon la plus directe de comprendre, par l'expérience et l'observation, ce que fait chaque simulation. Pas par la théorie, pas par les explications des autres, mais par vos propres yeux, devant vos propres photos et dans vos propres conditions de lumière.

C'est une porte grande ouverte sur tout ce qu'une caméra Fujifilm peut offrir. Il serait dommage de ne pas l'emprunter.

Les réglages de référence

Pour reproduire fidèlement les conditions du Nothing Selected et observer chaque simulation à l'état pur, voici les réglages à utiliser comme point de départ. L'objectif est simple : que le processeur X-Trans ne fasse rien d'autre que rendre la simulation choisie.


| Paramètre | Valeur |

| ISO | Auto — 125 à 3200 |

| Balance des blancs | Auto — 0R / 0B |

| Plage dynamique | DR100 |

| Courbe des tons — hautes lumières | 0 |

| Courbe des tons — ombres | 0 |

| Couleur | 0 |

| Netteté | 0 |

| Réduction du bruit haute ISO | 0 |

| Clarté | 0 |

| Effet grain | Désactivé |

| Color Chrome Effect | Désactivé |

| Color Chrome Effect Blue | Désactivé |

| Effet peau douce | Désactivé |


Ces réglages ne sont pas des réglages d'usine au sens strict. Ils sont les conditions minimales pour que la simulation travaille seule et sans artifice. La plage ISO 125–3200 est particulièrement importante : au-delà, le bruit introduit par la montée en sensibilité risque de masquer ce que la simulation fait réellement. C'est cette neutralité qui est utile.

Appliquez ces réglages, choisissez une simulation, photographiez. Puis recommencez avec une autre. La découverte est à ce prix.

Et vous ?

Avez-vous pris le temps d'observer vos simulations à l'état pur avant de commencer à les modifier ? Ou êtes-vous passé directement à la création de recettes ? Je serais curieux de savoir ce que cette démarche — ou son absence — a changé dans votre façon de travailler.

Écrivez dans les commentaires. Je lis tout et je réponds.

— Louis-Martin

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