Le Fujifilm X100vi, six mois, 800 photos et une leçon inattendue

Ce qu'on apprend en prenant le temps d'apprivoiser une caméra

Il y a des objets qu'on choisit pour ce qu'ils font et d'autres qu'on choisit aussi pour ce qu'ils sont.

Le Fujifilm X100vi appartient à la seconde catégorie. Sa silhouette rappelle les caméras argentiques que j'ai utilisées dans ma vingtaine : le viseur, les molettes et la compacité dans la main. La facture est sérieuse, presque aussi bonne que Leica. Derrière l'objet, il y a une entreprise dont l'histoire est profondément liée à la pellicule : Fujifilm sait ce qu'est une émulsion, ce qu'est une simulation de film et ce qu'est la gestion des couleurs. Ce n'est pas un hasard si leurs simulations sont aussi réussies. C'est un savoir-faire qui vient de loin.

Quand j'ai réussi à mettre la main sur un exemplaire — le X100vi est très en demande, utilisé par une grande diversité de photographes, et il faut parfois patienter — je me suis dit : si après usage il ne me plaît pas, je pourrai sûrement le vendre sans perte. Il y avait une dimension exploration, c'est certain. Mais il y avait aussi une conviction tranquille que cet objet et moi avions des chances de nous entendre.

Je ne me suis pas trompé. La route a simplement été plus longue que prévu.

Mon X100vi

Six mois et 800 photos

Maîtriser une telle caméra prend du temps. Je dis ça non pas pour décourager, mais pour être honnête sur ce que représente vraiment la prise en main d'un instrument aussi personnalisable.

De juin à novembre 2025, j'ai fait 800 photos, dont 360 lors d'un voyage en Italie qui a constitué mon terrain d'apprentissage principal. Ce n'est qu'à la fin de cette période que j'ai eu suffisamment confiance pour élaborer ma première recette.

Le premier obstacle a été les boutons de fonction. Le X100vi permet d'assigner presque toutes ses commandes selon ses propres préférences. C’'est à la fois sa force et sa complexité initiale. Ce qui est frappant, c'est que chaque propriétaire d'une caméra Fujifilm finit par avoir ses propres réglages. Dans les faits, il est très difficile d'utiliser la caméra d'un autre propriétaire. Les mains cherchent des commandes qui ne sont pas là où elles devraient être. La caméra devient une empreinte digitale.

Le deuxième obstacle a été plus philosophique et il m'a davantage occupé.

Dégrader pour donner une âme

Le X100vi produit, avec Provia et aucun réglage particulier, des photos techniquement parfaites. Exposition juste, couleurs précises, détail préservé dans les hautes lumières et les ombres. C'est une caméra remarquablement capable.

Et pourtant, ces images me laissaient froid.

C'est en comparant les fichiers du X100vi à ceux du Leica X Typ 113 que j'ai compris quelque chose d'essentiel. Le Typ 113 est sorti en 2014. Avec un capteur de 16 mégapixels, il rivalise pourtant tout à fait avec le X100vi, malgré dix années d'écart entre les deux produits. Non pas parce qu'il est techniquement supérieur — il ne l'est pas — mais parce que ses images ont quelque chose que les paramètres par défaut du X100vi n'ont pas : une âme.

J'ai réalisé alors que pour approcher ce rendu, il fallait travailler à rebours. Partir de la perfection technique et, par des réglages précis et délibérés, la nuancer : adoucir les hautes lumières, désaturer légèrement les couleurs, réduire la netteté et introduire une texture. En quelque sorte, humaniser ce qui était trop propre. C'est cette réflexion qui est au cœur de toute la série CW.

Le nombre de mégapixels, dans ce contexte, importe peu. Ce qui importe, c'est la façon dont la lumière est interprétée.

La focale fixe, ce qu'on perd et ce qu'on trouve

Le X100vi n'a qu'un objectif — 23mm, équivalent 35mm en plein format. Cette contrainte a un prix réel : j'ai manqué des occasions., des paysages qui demandaient plus de recul, des architectures qu'on embrasse mieux à 28mm ou à 21mm et des portraits qui auraient gagné à être pris à 85mm avec un bokeh particulier.

Mais cette même contrainte m'a conduit quelque part que je n'avais pas anticipé.

Les photos de table. Des repas partagés avec des gens que j'aime, du bon vin, une lumière chaude et une conversation sans hâte. La focale de 35mm est exactement celle qu'il faut pour ce genre de scène. Elle proche sans être intrusive et naturelle dans son rendu de la perspective. C'est devenu mon sujet de prédilection et je ne l'aurais pas découvert si j'avais eu le choix de changer d'objectif.

Les contraintes, en photographie comme ailleurs, ont parfois le bon goût de nous surprendre.

Un objet qui crée du lien

Un matin sur un quai, quelqu'un m'a abordé en pensant que mon X100vi était argentique. La conversation qui a suivi a duré un bon moment.

C'est aussi ça, un bel objet bien fait : il ouvre des portes. Et c'est toujours plaisant d'utiliser quelque chose qui a été conçu avec soin, qui répond bien dans la main et qui donne envie de s'en servir.

Je tiens à préciser que je n'utilise pas les fonctionnalités vidéo du X100vi et que je ne compte pas le faire. Je le vois comme une caméra photographique, point. Ce choix délibéré contribue sans doute à la façon dont je m'y suis attaché. J'y cherche une chose précise, et je la cherche avec tout ce qu'il offre.

Et vous ?

Le X100vi n'est qu'une caméra parmi d'autres dans l'univers Fujifilm, un univers qui compte des fidèles passionnés, chacun avec son instrument et ses raisons de l'avoir choisi.

Si vous utilisez une caméra Fujifilm — quelle qu'elle soit — j'aimerais savoir pourquoi vous l'avez choisie, ce qu'elle vous a appris et ce qu'elle vous a surpris à faire. Les conversations entre photographes qui partagent un même ADN d'image sont toujours instructives.

Écrivez dans les commentaires. Je lis tout et je réponds.

— Louis-Martin

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