Le X-Trans V en détail - Partie 3 : balance des blancs, hautes lumières et ombres, plage dynamique
Le deuxième billet de cette série portait sur trois réglages qui viennent enrichir une simulation de film déjà choisie. Celui-ci s'attarde sur trois réglages d'une autre nature, plus fondamentaux en quelque sorte, puisqu'ils agissent avant même que la simulation entre en jeu, ou en profondeur dans l'image plutôt qu'à sa surface. La balance des blancs fixe la teinte générale avant que quoi que ce soit d'autre ne s'applique. Les hautes lumières et les ombres redessinent le contraste, zone par zone. Et la plage dynamique protège ce qu'une scène très contrastée a de plus fragile : les hautes lumières, qui disparaissent les premières si on ne s'en occupe pas.
Les trois réglages
Balance des blancs
La lumière n'a pas toujours la même couleur. Une ampoule incandescente teinte tout d'orange, un ciel couvert vire au bleu, un tube fluorescent ajoute une dominante verte qu'on ne remarque pas toujours à l'œil nu. La balance des blancs existe pour corriger cette dominante et retrouver des blancs qui ressemblent vraiment à des blancs, peu importe la source de lumière. Sur le X-Trans V, ce réglage se décline sous plusieurs formes, de la plus simple à la plus précise.
La forme la plus simple reste l'automatique, avec trois variantes : AUTO, qui vise un équilibre standard, Priorité au blanc, qui pousse vers des blancs plus neutres et plus froids, et Priorité à l'ambiance, qui préserve volontairement la chaleur d'un éclairage incandescent plutôt que de la corriger. Le manuel officiel est clair sur un point : ces trois modes ne se distinguent vraiment que sous l'incandescent. Sous d'autres sources, comme un ciel nuageux, l'écart entre eux devient à peu près invisible, une nuance confirmée par les tests de Chris Lee (pal2tech).
Pour les situations plus précises, huit préréglages fixes couvrent le terrain : lumière du jour, ombre, trois variantes de fluorescent, incandescent et un mode sous-marin qui corrige la dominante bleue typique de la plongée. Un mode Température de couleur permet aussi un réglage direct, en degrés Kelvin, pour les cas où aucun préréglage ne convient tout à fait. Et pour les situations vraiment précises, trois emplacements de mesure personnalisée permettent de calibrer la caméra directement sur place, à partir d'une carte grise ou d'un objet blanc neutre. La caméra confirme ensuite si la mesure est bonne, trop sombre ou trop claire.
Vient ensuite le réglage le plus fin de tous : le WB Shift, un ajustement qui vient se greffer sur n'importe lequel des modes précédents, y compris les préréglages fixes et la température Kelvin. Deux curseurs indépendants permettent de pousser l'image vers le bleu ou le jaune d'un côté, et vers le rouge ou le vert de l'autre, chacun sur une échelle assez large pour couvrir un très grand nombre de combinaisons. C'est un outil de précision, utile quand la balance des blancs de base est presque juste, mais pas tout à fait : une dominante tenace dans les ombres, par exemple, ou un rendu des gris qu'on veut ajuster en noir et blanc. Comme pour l'exposition, mieux vaut mesurer que deviner : une lecture sur une carte grise sous l'éclairage réel reste la façon la plus fiable de savoir où pousser le curseur.
Neutre (WB Shift à 0/0, base Reala Ace)
Sur cette photo, prise dans un wagon du U-Bahn de Berlin sous un éclairage fluorescent assez neutre à la base, le décalage R+5/B-5 pousse nettement l'ensemble vers le magenta et le jaune, un exemple volontairement appuyé pour bien montrer l'axe diagonal en jeu. Dans une recette, on visera plutôt une correction plus discrète, ajustée au cas par cas plutôt qu'appliquée systématiquement.
R+5 / B-5 (base Reala Ace)
Sur le X100V, le X-Pro3, le X-T4 et tous les modèles X-Trans V qui ont suivi, un réglage de WB Shift peut être enregistré dans l'un des préréglages personnalisés de la caméra, pour le retrouver d'un coup plutôt que de le refaire à chaque fois.
Hautes lumières et ombres (Tone Curve)
Deux curseurs voisins, Hautes lumières et Ombres, permettent d'ajuster le contraste d'une photo, chacun de son côté : le premier agit sur les zones claires, le second sur les zones sombres, indépendamment l'un de l'autre. Sur les modèles récents, X100V, X-T4 et tous les suivants, donc l'ensemble du X-Trans V, les deux sont réunis dans une seule interface, Courbe de tonalité (Tone Curve), qui affiche en temps réel une courbe en forme de S. Plus elle se creuse, plus le contraste est marqué.
Une précision utile : ce ne sont pas des curseurs de contraste global comme on en trouve ailleurs, ni l'équivalent exact des curseurs Hautes lumières et Ombres de Lightroom. Ce sont des ajustements ciblés. Le curseur Hautes lumières ne touche que les zones déjà claires d'une photo, le curseur Ombres que les zones déjà sombres. Sur une image qui n'a pas beaucoup de l'un ou de l'autre, une scène uniformément grise sous un ciel couvert par exemple, l'effet reste donc presque invisible.
La logique demeure simple à retenir : pousser un curseur vers le positif densifie le contraste, avec des hautes lumières plus éclatantes et des ombres plus creusées, tandis que le pousser vers le négatif l'adoucit et récupère du détail, au prix d'un rendu plus plat. Les deux curseurs dans la même direction renforcent ou réduisent le contraste de façon symétrique. Mais les mettre dans des directions opposées, Ombres à +2 et Hautes lumières à -1 par exemple, donne un rendu plus doux et plus « filmique », où les hautes lumières s'éteignent en douceur pendant que les ombres se creusent un peu, une combinaison qu'on retrouve souvent dans les recettes inspirées de l'argentique.
Neutre (0 / 0, base Reala Ace)
Dans cette scène à contre-jour, la fenêtre est la seule vraie source de hautes lumières du cadre, et l'intérieur de la pièce concentre les ombres, mais l'écart naturel entre les deux restait trop faible pour bien se voir à l'écran avec la combinaison plus mesurée décrite plus haut. Cette version pousse donc les deux curseurs à leurs valeurs extrêmes, Ombres +4 et Hautes lumières -2, pour que la différence Off/Avec soit nette : la casquette et le coussin gagnent nettement en détail, tandis que la lumière de la fenêtre s'éteint plus franchement plutôt que de claquer en blanc pur.
Ombres +4 / Hautes lumières -2 (base Reala Ace)
Le résultat dépend aussi de la simulation choisie : Pro Neg. Std a des ombres douces par nature, tandis que Classic Chrome ou Classic Neg. ont déjà un contraste marqué dans les ombres avant même d'y toucher. Ces mêmes courbes travaillent d'ailleurs en coulisses dans D Range Priority, dont il sera question un peu plus loin. Et comme pour beaucoup de réglages sur ce blog, mieux vaut y aller par petites touches : un curseur trop positif peut faire perdre du détail dans les zones concernées, tandis qu'un curseur trop négatif sur une photo déjà bien exposée donne rapidement un résultat plat et délavé.
Plage dynamique et D Range Priority
La plage dynamique, c'est la capacité d'une photo à montrer du détail à la fois dans les hautes lumières et dans les ombres, sans que l'une des deux ne soit sacrifiée. Le X-Trans V offre deux façons distinctes de l'étendre, qui ne fonctionnent jamais en même temps.
La première, Dynamic Range, fonctionne par un tour de passe-passe assez simple : la caméra sous-expose volontairement au moment de la prise de vue, ce qui protège les hautes lumières qui, autrement, auraient été perdues, puis elle relève les tons moyens et les ombres au traitement du JPEG pour compenser. DR100 la désactive, DR200 sous-expose d'un stop et DR400 de deux stops, chaque palier exigeant un ISO minimum un peu plus élevé, un compromis logique puisqu'il faut de la marge pour sous-exposer sans perdre en propreté d'image. Le mode Auto choisit entre DR100 et DR200 selon la scène, et ne bascule jamais vers DR400 de lui-même.
Un détail à connaître avant de partir photographier, si vous comptez retravailler vos fichiers RAF plus tard, en caméra ou avec X Raw Studio : le niveau de Dynamic Range choisi au moment de la prise de vue reste gravé dans le fichier RAW. C'est une conséquence directe de la façon dont DR200 et DR400 fonctionnent, en retenant une partie du gain analogique dès la capture plutôt qu'en corrigeant après coup, ce qui fait qu'on ne peut ensuite que descendre d'un palier, jamais en remonter. Une photo prise en DR400 peut être retraitée en DR400, DR200 ou DR100 selon le résultat recherché, une photo prise en DR200 seulement en DR200 ou DR100, et une photo prise en DR100 y reste, sans exception, une contrainte que John Peltier affirme buter dessus régulièrement dans son propre usage de X Raw Studio. Concrètement, mieux vaut pécher par excès de prudence sur le terrain : photographier en DR400 laisse toutes les portes ouvertes au retraitement, à condition d'accepter l'ISO minimum de 500 que ce palier impose sur le X-Trans V. C'est un réflexe qui n'est pas sans rappeler l'argentique : quand on sait une pellicule trop sensible aux hautes lumières, ou portée aux ombres denses, on l'expose parfois à un ISO différent de celui indiqué sur la cartouche, selon le besoin du moment, quitte à ajuster le développement en conséquence. Le X-Trans V fait essentiellement la même chose, mais en un seul geste, au moment du déclenchement.
DR100 (base Reala Ace)
Sur cette photo prise sur la côte amalfitaine, le ciel près du soleil est complètement cramé en DR100, les nuages perdant toute texture dans une masse blanche plate. En DR400, la même zone retrouve du volume, jusqu'à laisser deviner une traînée d'avion qui avait complètement disparu dans la version DR100, sans que le reste de l'image ne s'assombrisse pour autant.
DR400 (base Reala Ace)
La seconde façon, D Range Priority, va plus loin et fonctionne différemment : réglée sur Weak, Strong ou Auto, elle remplace complètement Dynamic Range et la Courbe de tonalité, qui deviennent inaccessibles tant qu'elle reste active. Elle combine, dans une seule fonction sans réglage visible, l'équivalent de la sous-exposition de Dynamic Range et un ajustement des hautes lumières et des ombres, mais appliqué plus largement sur toute l'image plutôt que ciblé sur les hautes lumières seules. Les habitués du sujet, comme Ritchie Roesch (Fuji X Weekly) et John Peltier, notent que Weak se rapproche de DR200 et Strong de DR400, avec cette nuance : la compression touche toute l'image plutôt que les seules hautes lumières, pour un rendu généralement plus plat, surtout en Strong. Le réglage remonte d'ailleurs assez loin dans l'histoire de Fujifilm : son principe reprend celui des vieux scanners de laboratoire Frontier, pensés à l'origine pour redonner vie à des négatifs couleur mal exposés.
En pratique, Dynamic Range reste le choix le plus utile pour construire une recette : il protège les hautes lumières de façon prévisible, tout en laissant les curseurs Hautes lumières et Ombres réglables à la main pour ajuster le reste. D Range Priority convient mieux aux situations extrêmes, où l'on préfère un rendu plus plat à une perte de détail. Aucun des deux ne permet de descendre sous l'ISO minimum exigé pour un niveau d'effet donné, et en lumière contrôlée, quand on veut garder l'ISO de base, la solution la plus simple reste souvent de laisser les deux désactivés.
Pour aller plus loin
La balance des blancs fixe la teinte avant même le choix d'une simulation. Les hautes lumières et les ombres redessinent le contraste, zone par zone. La plage dynamique protège ce qu'une scène contrastée a de plus fragile. Trois réglages qui agissent plus tôt ou plus profondément que ceux du billet précédent, mais avec la même idée derrière : comprendre ce qu'ils font vraiment avant de les intégrer à une recette. Le quatrième et dernier billet de cette série portera sur la couleur, la netteté, la clarté et la réduction de bruit.
— Louis-Martin Ouellet
Les dix recettes de ce blog — les sept CW et les trois NS — habitent toutes le Cellier des recettes, un espace où elles attendent, simplement, d'être découvertes.