Une recette québécoise sous le soleil de Terengganu

La mer et une plage de la Malaisie. (Recette de film CW - Victor Séguin)

Quand CW – Victor Séguin voyage sans moi

Je n'aurais pas recommandé CW – Victor Séguin pour une plage en plein midi sous un soleil tropical.

Ce n'est pas un doute sur la recette. C'est simplement que je l'ai conçue pour autre chose : la lumière douce de fenêtre, le temps couvert, l'heure dorée et les visages en lumière naturelle diffuse. C'est une recette de retenue : hautes lumières abaissées, couleur désaturée et clarté adoucie. PRO Neg Std comme base. Tout le contraire de ce qu'on s'attend à affronter sur une plage de la mer de Chine méridionale en milieu de journée.

C'est Nizam Sutimin qui me l'a appris autrement.

Une publication, une surprise

Nizam est membre du groupe Facebook Film Recipes for Fujifilm Cameras, le même groupe où j'avais publié les sept recettes CW avant même que lucelenta.art n'existe. C'est là qu'il les a découvertes. Lorsqu'il a partagé ses photos prises à Terengganu avec la recette, il a indiqué que j'en étais l'auteur.

La première chose que j'ai remarquée en voyant ces images, c'est que ça tenait.

Sur la première photo d'une femme de dos face à la mer, le sable blanc est rendu sans brûler, le ciel voilé garde sa douceur et l'eau — ce turquoise franc qu'on ne voit pas sous nos latitudes — est là, sobre, non amplifiée et honnête. Les hautes lumières ne s'écrasent pas. La scène respire. La deuxième photo montre un chat roux sur le sable et confirme la même chose : ombres courtes et dures de midi, lumière verticale sans merci, et pourtant la recette absorbe tout ça sans se déformer.

J'ai regardé ces deux images longtemps.

Il y a des chats roux partout. (Recette de film CW - Victor Séguin)

Ce que ça révèle

CW – Victor Séguin a été élaborée à partir d'un film français, Les enfants vont bien, pour sa lumière intérieure et sa chaleur retenue. L'intention était documentaire et intime. Ce que Nizam a fait, c'est lui demander de travailler dans des conditions pour lesquelles elle n'avait jamais été prévue, et la recette a répondu avec une cohérence que je n'avais pas planifiée.

Ce qui explique probablement ce comportement, c'est précisément ce que j'avais voulu éviter dans d'autres recettes : les hautes lumières abaissées à –2 créent une marge de manœuvre réelle face à la surexposition. La désaturation à –2 empêche les couleurs de virer au criard sous une lumière forte. La recette ne cherche pas à embellir. Elle cherche à retenir. Et cette disposition à la retenue fonctionne aussi bien dans la lumière généreuse que dans la lumière douce.

Je n'aurais pas prédit ça. Nizam me l'a montré.

La même recette, deux lumières

Pour mieux saisir l'écart, voici deux photos prises chez moi au Québec avec la même recette.

La première montre une jardinière au travail, photographiée dans la lumière de fin de journée du sud du Québec. Les iris mauves au premier plan, les verts profonds du gazon et la douceur de la lumière dorée : c'est exactement le territoire pour lequel CW – Victor Séguin a été conçue. La recette y est pleinement à l'aise.

La deuxième est Beth, mon chat, photographié depuis l'extérieur à travers une vitre. La lumière est celle d'un intérieur filtré, tamisée, indirecte. La fourrure rousse et grise est rendue avec précision, les tons chauds sont présents sans déborder. Une lumière de transition, ni franchement intérieure ni franchement extérieure, et la recette s'y installe naturellement.

Comparer ces deux images à celles de Terengganu dit quelque chose que les mots peinent à formuler. La même recette, le même équilibre de retenue, et des atmosphères qui n'ont presque rien en commun. Ce n'est pas la recette qui change d'un endroit à l'autre. C'est la lumière qui lui parle différemment.

Une jardinière en après-midi. (Recette de film CW - Victor Séguin)

Un chat roux, en passant

Quand j'ai vu le chat roux de Nizam sur le sable de Terengganu, j'ai su quelle deuxième photo choisir pour ce billet.

Beth, mon chat roux, apparaît déjà ailleurs sur le site. Et dans les photos de voyage, il y a un chat roux croisé à San Bartolomeo in Galdo, en Campanie. Trois lumières radicalement différentes — la Malaisie tropicale, le Québec et la Campanie automnale — et dans chaque cas un chat roux quelque part dans le cadre.

Je ne sais pas quoi en faire, sinon que ça m'amuse profondément.

Partout les chats roux, disais-je! (Recette de film CW - Victor Séguin)

Ce que ça ouvre

Ces recettes ont été conçues ici, dans des conditions que je connais et que je peux contrôler. Mais elles voyagent. Elles arrivent dans des lumières que je n'ai pas encore rencontrées, entre les mains de photographes que je ne connais pas, et elles font des choses que je n'avais pas prévues.

Je suis curieux de savoir ce qu'elles donnent ailleurs. Si vous avez utilisé une recette CW dans une lumière ou un endroit que je n'aurais pas imaginé, je serais sincèrement heureux de le voir.

Les réglages complets de CW – Victor Séguin sont disponibles ici.

— Louis-Martin

Photos : Nizam Sutimin — Terengganu, Malaisie — Fujifilm X-T30 III et un objectif Sigma 18-50mm

Previous
Previous

A Quebec recipe under the sun of Terengganu

Next
Next

One Camera. One Focal Length.