Le X-Trans V en détail - Partie 1 : les 20 simulations de film
Cette série de quatre billets propose une exploration technique du processeur Fujifilm X-Trans V, le cœur commun à toute une génération de caméras : X100vi, X-T5, X-H2, X-H2S, X-T50, X-M5 et X-E5. La matière se déploie en quatre parties, chacune consacrée à un ensemble cohérent de réglages, avec des notes sur les variations observées d'une caméra à l'autre lorsqu'elles existent.
Ce premier billet dresse le portrait des vingt simulations de film. Le deuxième portera sur le Couleur Effet Chrome (Color Chrome Effect), le Couleur Chrome FX Bleue (Color Chrome FX Blue) et l'Effet du grain (Grain Effect). Le troisième couvrira la balance des blancs — incluant son ajustement fin, le WB Shift —, les hautes lumières et les ombres par la courbe de tonalité, ainsi que la plage dynamique (Dynamic Range) et la priorité plage D (D Range Priority). Le quatrième et dernier billet traitera de la couleur, de la netteté, de la clarté et de la réduction de bruit ISO élevée (High ISO NR).
Cette série ne couvre ni les réglages propres à l'enregistrement vidéo, ni ceux liés à la photographie en rafale : deux pratiques hors du champ de ce blog.
Les vingt simulations de film
PROVIA
D'après la pellicule diapositive Fujichrome Provia, lancée en 1994 puis reprise en Provia 100F en 2001. Fujifilm précise que la simulation numérique ne cherche pas à reproduire fidèlement l'émulsion argentique, mais plutôt les « couleurs de mémoire » : une restitution naturelle et flatteuse, pensée pour un public numérique. C'est la simulation par défaut de toutes les caméras X et GFX, avec des ciels nets, des verts généreux, des teintes de peau flatteuses et un contraste ou une saturation modérés. Elle sert de référence neutre, celle à partir de laquelle les dix-neuf autres simulations se distinguent. Usage : polyvalent, profil par défaut. Aucune variation connue entre caméras X-Trans V.
VELVIA
D'après la Velvia 50, film culte du paysage réputé pour sa saturation extrême. C'est la simulation la plus saturée du catalogue : verts électriques, bleus profonds, rouges éclatants, un léger virage magenta dans les ciels bleus, un contraste élevé et des noirs denses, sans qu'aucune teinte ne prenne le dessus de façon disproportionnée. Usage : paysage et nature en priorité, mais aussi scènes urbaines nocturnes ou sport. Aucune variation majeure connue entre caméras X-Trans V.
ASTIA
D'après la Fujichrome Astia, pensée à l'origine pour la mode et le portrait. Sa saturation dépasse celle de Provia, mais ses teintes de peau restent aplaties et désaturées, sans rosissure, avec des hautes lumières tempérées et un contraste global légèrement inférieur, concentré sur l'adoucissement des teints de chair, tandis que les ciels et les verts conservent beaucoup de vivacité. Usage : portrait et mode, lorsqu'on cherche des teints de chair flatteurs tout en gardant du punch ailleurs dans l'image. Aucune variation connue entre caméras.
CLASSIC CHROME
Contrairement aux simulations précédentes, Classic Chrome ne reproduit aucune pellicule Fujifilm existante. Introduite en 2014 après l'analyse de photographies de style documentaire, elle répondait à une demande de rendu plus mat. Des sources indépendantes — non officielles — la rapprochent parfois de l'esthétique Kodachrome ou Ektachrome, une filiation que Fujifilm ne revendique pas. Sa saturation réduite privilégie des tons pleins plutôt que délavés : rouges terreux, bleus froids discrets et verts calmes, sans perte de détail malgré la désaturation. Usage : rue, documentaire, voyage, mode, intérieur ou produit. Présente depuis le X100S et le X-T1 (X-Trans II), elle ne présente aucune variation entre caméras X-Trans V.
PRO NEG. STD
Cette simulation reprend le négatif professionnel Fujicolor Pro 160NS, conçu pour le portrait de studio avec une attention particulière portée aux teintes chair. Sa tonalité est très douce, son contraste minimal et sa saturation limitée, avec une balance neutre. Usage : portrait de studio maîtrisé, sujets statiques. Aucune variation connue entre caméras.
PRO NEG. HI
Issue du même héritage que PRO Neg. Std, cette simulation en constitue la version pensée pour l'extérieur et l'action. Sa tonalité est plus dure que celle du Std tout en restant douce et flatteuse : elle désature légèrement les teints de chair, mais conserve davantage de profondeur et de contraste. Usage : portrait en conditions non contrôlées, mode, sujets en mouvement ou lumière changeante. Aucune variation connue entre caméras.
CLASSIC NEG.
Inspirée des négatifs grand public Fujicolor Superia (la datation exacte varie selon les sources, entre les années 1980 et la fin des années 1990, Fujifilm restant volontairement vague sur ce point), Classic Neg. reproduit un biais bien réel de ces pellicules bon marché : stockées et développées sans le contrôle rigoureux réservé aux négatifs professionnels, elles dérivaient de façon prévisible avec le temps, les ombres virant au cyan-vert et les hautes lumières au magenta, le tout avec un contraste plus marqué qu'un négatif bien conservé. Plutôt que de corriger ce défaut, la simulation le reproduit fidèlement : ombres cyan-vert, hautes lumières magenta, contraste accusé et une texture qui se prête bien au grain. Usage : instantané, rue, esthétique album de famille vintage, y compris en mode tout-automatique. Introduite avec le X-Pro3 (X-Trans IV), aucune différence de rendu n'est documentée sur X-Trans V.
NOSTALGIC NEG.
Inspirée du mouvement New American Color des années 1960 et 1970, cette simulation donne aux ombres — qui tendent naturellement au bleu ou au vert — une chaleur ambrée stable, difficile à obtenir par une simple balance des blancs. Son contraste est doux, ses tons chauds et sa restitution du détail dans l'ombre, généreuse. Usage : rue à focale proche de la vision naturelle, scènes à fort contraste entre zones d'ombre et de lumière, ou portrait en faible lumière où l'on veut des teints de chair riches. C'est l'une des deux simulations dont la disponibilité varie réellement selon la caméra au sein même de la génération X-Trans V : apparue d'abord sur les capteurs GFX, elle a ensuite gagné le X-H2S en 2022, puis le X-H2, le X-T5, le X100vi, le X-S20 et les modèles suivants. Elle n'existe donc que sur X-Trans V et GFX, absente des générations antérieures.
ETERNA
D'après la gamme de pellicules cinéma ETERNA, lancée en 2004 puis élargie en 2005, reconnue pour son grain fin à haute sensibilité et ses teints de chair précis. La production argentique s'est arrêtée en 2013, mais le nom a été repris pour la simulation numérique introduite avec le X-H1 en 2018. C'est la simulation la moins saturée et la moins contrastée du catalogue, avec une courbe très plate et des hautes lumières « roulées » en douceur, presque totalement écrêtées, ce qui peut donner une impression de sous-exposition au premier regard. Pensée d'abord comme point de départ neutre pour l'étalonnage vidéo, elle trouve aussi sa place en photo fixe pour le post-traitement, le portrait posé ou l'architecture. Aucune variation connue entre caméras.
ETERNA BLEACH BYPASS
Cette simulation fait référence au bleach bypass, une technique de laboratoire argentique qui conserve l'argent métallique en plus des colorants couleur, pour un résultat désaturé, contrasté et au grain presque métallique. Fujifilm la décrit comme livrant des images dures et sérieuses qui, à l'exception de la couleur, ressemblent à des photographies en noir et blanc. Usage : esthétique cinéma de science-fiction, paysages urbains, architecture moderne, ambiances sombres ou dramatiques. Introduite avec le X-T4 (X-Trans IV), elle ne présente aucune variation sur X-Trans V.
REALA ACE
D'après la Fujicolor Reala Ace, discontinuée en 2013 et réputée pour bien restituer des couleurs complexes — violets et jaune-vert — que les négatifs traditionnels rendaient mal. Fujifilm décrit cette simulation comme une évolution proche de la famille des négatifs professionnels PRO Neg., avec des ombres profondes et douces combinées à des hautes lumières dures : plus un sujet est saturé, plus sa couleur est volontairement adoucie, une logique inverse de la saturation additive. Usage : polyvalent, instantanés et photos de famille. C'est la seconde simulation dont la disponibilité a réellement varié selon la caméra : introduite avec le GFX100 II fin 2023, elle a été présentée à l'époque comme exclusive au moyen format, affirmation que le X100vi a rapidement démentie en l'intégrant nativement dès son lancement, en février 2024. Les mises à jour firmware d'avril 2024 pour le X-T5, le X-H2 et le X-S20 ne l'ont pourtant pas incluse, avant qu'elle n'arrive par firmware en juin 2024 sur le X-T5, le X-H2, le X-H2S et le X-S20. Le X-T50, la GFX100S II, le X-E5, le X-M5 et le X-T30 III l'incluent nativement dès le lancement. Toutes les caméras X-Trans V actuelles l'ont aujourd'hui, certaines l'ayant simplement reçue après coup.
ACROS
D'après la Fujifilm Neopan 100 Acros, lancée en 2000 et réputée pour la qualité de son grain en ISO 100. La simulation numérique, introduite en 2016 avec le X-Pro2, applique un algorithme de réduction de bruit qui transforme le bruit du capteur en une texture de grain analytique, variant selon la luminosité locale et l'ISO, pour un rendu plus organique qu'un simple bruit numérique. Sa gradation est riche, sa netteté élevée, et son contraste marqué sans être brutal. Usage : art, portrait, rue, scènes quotidiennes. Présente depuis le X-Pro2 et le X-T2 (X-Trans III), aucune différence de comportement n'est documentée entre caméras X-Trans V. Trois filtres colorés — Jaune, Rouge et Vert — en modifient le rendu ; leurs différences sont détaillées plus loin.
MONOCHROME
Sans pellicule spécifique associée, Monochrome est souvent décrite comme une Provia dépouillée de toute information couleur. Sa courbe de tons est plus plate que celle d'ACROS, son contraste moins marqué, et son grain numérique plus aléatoire : un effet de superposition uniforme plutôt qu'une texture analytique. Usage : noir et blanc généraliste, alternative à ACROS pour un rendu plus neutre et moins texturé. Aucune variation connue entre caméras X-Trans V. Elle partage les mêmes filtres colorés qu'ACROS, détaillés plus loin, avec les mêmes effets sur l'image.
Les filtres colorés d'ACROS et de Monochrome
ACROS et Monochrome existent chacune en quatre variantes dans le menu de la caméra — Standard, +Ye (jaune), +R (rouge) et +G (vert) —, qui simulent les filtres colorés posés devant l'objectif en photographie argentique noir et blanc, et produisent des effets identiques sur les deux simulations. Standard suit la courbe de gris propre à la simulation, sans intervention supplémentaire. Le filtre Jaune assombrit légèrement les violets et les bleus, pour un contraste ciel/nuages modéré proche de la perception naturelle. Le filtre Rouge pousse cet effet beaucoup plus loin, assombrissant fortement bleus et verts pour des ciels très sombres et dramatiques : c'est le plus marqué des trois. Le filtre Vert agit à l'inverse sur les teintes chaudes, assombrissant rouges et bruns, y compris les teints de chair, un choix fréquemment recommandé pour lisser et adoucir le rendu de la peau en portrait. Usage : Jaune pour un noir et blanc polyvalent et naturel, Rouge pour le paysage et les ciels dramatiques, Vert pour le portrait.
SEPIA
Cette simulation fait référence au virage sépia argentique, un bain chimique stabilisant l'argent métallique pour une teinte brun-rouge chaude. Sa structure est identique à celle de Monochrome, avec cette teinte appliquée à l'image entière pour un effet rétro. Fuji X Weekly la qualifie de simulation oubliée : présente depuis le tout premier X100 en 2011, elle reste peu utilisée, d'autant plus depuis l'arrivée du Monochromatic Color, un virage personnalisable introduit avec le X-Trans IV. Aucune variation connue entre caméras.
Pour aller plus loin
Pour observer ces vingt simulations à l'état pur — sans qu'aucun autre réglage ne vienne en modifier le rendu —, le billet Nothing Selected propose une marche à suivre et des réglages de référence à reproduire avant toute comparaison.
Ces vingt simulations forment la palette de base à partir de laquelle chaque réglage additionnel — traité dans les billets suivants — vient affiner le rendu. Elles ne sont pas de simples filtres à essayer une fois puis à oublier : comprises en profondeur, elles deviennent le socle sur lequel une recette se construit.
— Louis-Martin Ouellet
Sur la photo, Giuseppina à l’entrée de la ville libre de Christiania au Danemark. Les dix recettes de ce blog — les sept CW et les trois NS — habitent toutes le Cellier des recettes, un espace où elles attendent, simplement, d'être découvertes.