Le X100vi en voyage : ma caméra de référence, et pourquoi elle le restera
La X100vi bien en main (Photo prise par un iPhone 14 Pro et retravaillée avec Luminar Neo)
À quelques jours du Danemark, une réflexion sur la confiance et sur ce que signifie avoir un instrument de référence
Il y a quelque chose de remarquable dans le fait que le Fujifilm X100vi soit encore, à ce jour, difficile à trouver en magasin. La caméra a été lancée il y a plus de deux ans. Les listes d'attente persistent. Les délais s'étirent. Et pourtant, dans les discussions entre photographes, l'enthousiasme ne faiblit pas.
Ce n'est pas un hasard. Et ce n'est certainement pas le signe qu'une caméra est sur le point de devenir désuète.
Ce qui maintient cet intérêt, je crois, n'est pas lié à une spécification technique en particulier, ni à une tendance passagère. C'est quelque chose de plus difficile à nommer : la sensation, pour ceux qui la tiennent en main, qu'elle fait exactement ce qu'elle promet, avec une cohérence qu'on ne rencontre pas souvent.
Ce que l'Italie du Sud m'a appris
Mon premier grand voyage avec le X100vi m'a conduit dans le sud de l'Italie. Je revenais avec des centaines de fichiers, des images qui m'avaient semblé justes au moment du déclenchement, mais que j'avais capturées avec trop peu de confiance dans mes réglages : pas assez de conviction dans les paramètres choisis avant de partir, trop de prudence après.
Le retour a été chronophage. Plusieurs images ont appelé une intervention. La lumière chaude de la Campanie demandait des ajustements que je n'avais pas su anticiper. J'ai passé des heures devant un écran à faire ce que j'aurais voulu ne pas avoir à faire : corriger ce qui aurait pu être bien dès le départ.
C'est de cet apprentissage qu'est né le travail sur les recettes. Sept recettes de film, élaborées une à une pour répondre à des conditions lumineuses précises, et pour me donner la confiance de déclencher sans regarder en arrière. Ce que la série Sept recettes pour une lumière lente présente, c'est en partie la réponse à ce voyage en Italie.
La confiance dans le JPEG : ce que ça change
Photographier en JPEG SOOC, c'est prendre un engagement avant le moment plutôt qu'après. La recette est choisie, les réglages sont en place, et ce que la caméra produit est ce qu'on accepte. Pas de filet de rattrapage systématique. Pas de session de correction qui s'étire le soir.
Ce que cette confiance produit, en pratique, c'est une disposition à photographier plus, pas moins. Non pas par insouciance, mais parce que l'énergie qui autrement irait vers le traitement des fichiers reste disponible pour la prise de vue. On est plus présent au moment, moins préoccupé par ce qu'on en fera ensuite.
C'est une posture qui s'inscrit directement dans la philosophie que j'ai tenté de décrire dans les billets précédents : l'attention portée au moment du voir, la disposition à recevoir ce que la lumière offre, sans chercher à l'améliorer après coup. Le SOOC n'est pas une contrainte. C'est une cohérence.
Un flat white dans un café de la rue Saint-Joseph dans le Vieux-Québec (Recette de film CW - Q3 Analog)
Une parenthèse honnête
Je photographie toujours en RAF + JPEG. C'est une décision que j'assume sans gêne.
Les erreurs d'appréciation sont toujours possibles. Une lumière mal évaluée, une recette qui ne correspond pas tout à fait à la situation, ou un moment où j'aurais voulu un peu plus de latitude dans les hautes lumières. Ces situations arrivent, même quand on est préparé, même quand on a confiance dans ses réglages.
Le fichier RAF est là pour ça. Non pas comme plan de travail habituel, mais comme filet disponible si nécessaire. X Raw Studio — que j'ai présenté dans un billet précédent — permet de retravailler ces fichiers dans l'esprit même des recettes CW si l'occasion l'exige. C'est une sécurité discrète, et je ne vois aucune raison de m'en priver.
Une pivoine en fin de floraison (Recette de film : CW - CCD KAF - 18500)
Une caméra parmi d'autres, mais la caméra de référence
Dans les billets précédents, j'ai évoqué d'autres pratiques photographiques et d'autres instruments. Chacun m'apporte quelque chose de distinct : une contrainte particulière, une façon de voir différente et une lenteur qui oblige à reformuler des habitudes. Ces pratiques alimentent ma pensée photographique. Elles l'affûtent, parfois la corrigent. Elles ne la remplacent pas.
Mais il y a toujours un retour au X100vi. Pas parce que c'est la caméra la plus polyvalente qui existe, ni parce qu'elle surpasse tout ce qui lui est comparable sur le plan technique. C'est ma caméra de référence parce que c'est avec elle que je pense photographiquement.
C'est ce que je veux dire quand je dis que le X100vi est ma caméra par défaut : c'est le point vers lequel je reviens, et à partir duquel tout le reste prend son sens.
Le Danemark en juin : ce que j'anticipe
Le 9 juin, je pars avec mon épouse pour Copenhague. L'itinéraire nous mènera ensuite à Hambourg, Berlin et Aarhus, avant de revenir terminer le voyage à Copenhague le 24.
Je n'ai jamais photographié sous cette latitude en juin. Ce que j'anticipe, sans encore l'avoir vécu, c'est une lumière longue et rasante qui s'étire tard en soirée, une lumière du nord que mes sept recettes n'ont pas encore rencontrée. Est-ce qu'elles s'y comporteront comme je l'espère ? Est-ce que la lumière de Copenhague demandera des ajustements que je n'ai pas prévus ?
Je ne sais pas encore. Et c'est précisément là que réside l'intérêt.
Ce que la notion de yun — présentée dans un billet récent — m'a appris, c'est qu'on n'arrive pas dans un lieu avec un plan de production. On arrive avec une disposition, un instrument de confiance et la volonté de recevoir ce que l'environnement offre. Le X100vi est l'instrument. La disposition, c'est à moi de l'apporter.
Ce que j'espère rapporter
Ce voyage donnera lieu à un billet. Pas un compte rendu d'itinéraire, plutôt ce que la lumière du nord aura produit, ce que les recettes auront révélé dans un contexte nouveau, et ce que ce séjour aura confirmé ou remis en question dans ma façon de photographier.
Si vous connaissez Copenhague, Hambourg, Berlin ou Aarhus, si vous y avez photographié, si vous avez une adresse, un quartier ou une heure de lumière que vous ne voudriez pas que je manque, écrivez dans les commentaires. Ce genre d'indication, venue de quelqu'un qui connaît un lieu, vaut plus qu'un guide.
- Louis-Martin Ouellet