On ne réveille pas ce qui n'a jamais dormi
Copenhague : Couple attablé sous un auvent, téléphone en main, rue pavée et graffitis. (CW - Typ 113)
Je capte la scène en une fraction de seconde, sans y penser deux fois : un couple attablé sous un auvent, leurs visages bien découpés dans la lumière ambiante, la nuit tombée sur les pavés. Le genre de moment qui s'évanouit dès qu'on hésite. Pas de trépied, seulement le X100vi, et la certitude qu'il fera le travail même si mes mains ne sont pas parfaitement immobiles.
C'est cette photo, prise presque à main levée dans le noir, que je regarde quelques semaines plus tard, en repensant au délai qu'il m'a fallu avant de pouvoir me procurer cette caméra : une attente raisonnable comparée à celle d'autres acheteurs, mais suffisamment longue pour réfléchir à ce qu'on attend vraiment d'une caméra.
C'est cette semaine-là qu'un article de DPReview me tombe sous les yeux : « Is the camera industry waking up to enthusiast demand? » Ma première réaction a été de sourire. Le X100vi, lui, n'a jamais eu besoin de se réveiller.
L'article cite le Panasonic L10, le Sony RX1R III, le Sony RX10 V et le Canon PowerShot V1 comme les preuves de ce regain d'intérêt. Quatre appareils, trois fabricants et pourtant un nom manque à l'appel : Fujifilm. Si l'industrie du compact se réveille à peine à la demande des passionnés en 2026, comment expliquer que le X100v soit devenu viral dès 2022, avec des listes d'attente de six à neuf mois? Et que le X100vi, lancé en 2024, ait battu, dès le jour de son lancement, tous les records de précommandes jamais enregistrés, toutes marques confondues?
Et puis il y a Ricoh. Je n'ai jamais eu cet appareil en main, mais je me dois de le nommer avec la même honnêteté, tant j'en entends dire du bien. Sa lignée GR existe depuis 1996 en argentique, avant même le numérique, et son GR III a gardé les faveurs du public pendant sept ans, un prix qui grimpe plutôt qu'il ne descend, une tendance qui semble se répéter avec la nouvelle génération, le GR IV. Ce n'est pas une caméra inférieure au X100vi : c'est une caméra différente, pensée pour ceux qui veulent l'appareil le plus discret et le plus compact possible, quitte à renoncer à certaines fonctionnalités pour y arriver.
Le vrai prétexte de ce billet, c'est l'IBIS. En 2024, Fujifilm a fait entrer la stabilisation dans le corps même du X100vi, un mécanisme cinq axes offrant jusqu'à six stops de compensation, une première pour la série. L'exploit, c'est de l'avoir fait sans en trahir la compacité : quarante-trois grammes de plus et deux millimètres d'épaisseur supplémentaire, à peine perceptible en main. Le genre de prouesse d'ingénierie qui passe presque inaperçue tant elle est bien intégrée, et qui mérite qu'on s'y attarde avant même de parler de prix, parce qu'elle change concrètement ce qu'on peut photographier à main levée.
Le Leica Q3 et le Sony RX1R III, eux, n'ont ni l'un ni l'autre cette stabilisation. Le premier se vend autour de quatre fois le prix du X100vi, avec un objectif stabilisé optiquement plutôt qu'un capteur stabilisé mécaniquement, un objectif resté essentiellement le même depuis le premier Q, en 2015. Le second se vend autour de trois fois ce prix et n'offre aucune stabilisation du tout, avec un objectif et une conception reconduits presque intacts depuis le RX1R II, lui aussi de 2015. Ce n'est pourtant pas une impossibilité technique : le Sony a7C II loge un capteur plein format et une stabilisation cinq axes à sept stops dans une caméra à peine plus grosse qu'un appareil APS-C. Payer une prime pour une marque ou un héritage se justifie aisément. Mais l'écart devient plus difficile à expliquer une fois isolé de la seule qualité photographique produite, dans des conditions difficiles, par une caméra à une fraction du prix.
Restaurant Les Canailles : Marc dans son argument (CW - CCD KAF-18500)
Il y a aussi ces photos de table, prises un soir où la seule lumière venait du reflet ambiant dans les verres et de la lueur tombante d'un lampadaire, dehors, sans flash. Le genre de lumière tamisée où la scène se raconte davantage qu'elle ne se documente. Avec un Leica Q3 ou un Sony RX1R III entre les mains, il m'aurait fallu peut-être un trépied, un ISO assurément plus élevé, et même parfois renoncer à la photo. Le X100vi, lui, m'a simplement laissé continuer à vivre la soirée.
Je ne parle ici que du X100vi parce que c'est ma caméra, celle que je connais par cœur. Mais ce que je décris, ces arbitrages honnêtes entre le prix, la fonctionnalité et la qualité, ce n'est pas une exception de modèle : c'est une constante chez Fujifilm, qu'on retrouve tout autant sur les X-T, les X-E ou même les GFX médium format.
Restaurant Les Canailles : Marco, chic, dans son veston italien (CW - CCD KAF-18500)
Au fond, cette absence même en dit long : une entreprise qui n'a pas besoin d'être citée dans un article sur un réveil de l'industrie parce qu'elle n'a jamais eu à s'endormir. C'est une entreprise sérieuse, qui offre des fonctionnalités qui comptent vraiment plutôt qu'une liste à cocher. De quoi permettre à un photographe de s'exprimer pleinement comme photographe, et de développer une confiance réelle dans ce qu'il produit.
Ce blog s'adresse à vous, peu importe la caméra Fujifilm que vous possédez : il existe pour vous aider à la connaître assez pour en tirer vos propres recettes. Votre caméra, quelle qu'elle soit, n'a pas à rougir de la comparaison. Elle a tout ce qu'il faut pour produire des photos d'une qualité exceptionnelle et pour le faire dans la cohérence de votre propre signature.
- Louis-Martin Ouellet