Introduction

Sept recettes pour une lumière lente : Une série Fujifilm inspirée par les caméras Leica, le cinéma et l'art de voir lentement

Je suis venu à la photographie par le chemin long.

Au début de la vingtaine, j'ai appris à photographier sur pellicule noir et blanc, développée à la main dans une chambre noire. J'ai appris à lire la lumière avant d'appuyer sur le déclencheur. J'ai appris à attendre. Quand le numérique est arrivé, je me suis éloigné. Les premiers fichiers me semblaient froids, mécaniques et indignes de la patience que la photographie exige. Alors j'ai fait autre chose pendant longtemps.

Puis, avec la retraite à l'horizon, j'ai repris une caméra. La technologie numérique avait silencieusement rattrapé ce dont je me souvenais que la pellicule était capable. Et le Fujifilm X100vi — compact, précis et profondément personnalisable — s'est révélé être exactement l'instrument que je cherchais.

Pourquoi des recettes?

Le X100VI offre quelque chose d'inhabituel parmi les caméras numériques : la possibilité d'enregistrer jusqu'à sept profils de simulation de film entièrement personnalisés, ce que la communauté Fujifilm appelle des recettes. Chacune est un ensemble complet de paramètres qui détermine la façon dont chaque JPEG est rendu directement à la sortie de la caméra. Sans post-traitement. Sans Lightroom. Juste la lumière, l'objectif et un profil soigneusement réglé.

Sept emplacements. Sept recettes. Une contrainte naturelle devenue discipline créative.

Au cours des derniers mois, j'ai élaboré les miennes de zéro, une par une, chacune m'apprenant quelque chose que la précédente n'avait pas révélée. Ce ne sont pas des paramètres empruntés sur internet. Ils sont le fruit de prises de vue, d'ajustements, de nouvelles prises de vue et de cette question que je me posais à chaque fois : est-ce que ça ressemble à ce que je cherchais ?

Mais il y avait une autre dimension d'intention au-delà de l'apparence de chaque recette. Chacune repose sur une simulation de film différente : Provia, Monochrome+R, Reala Ace, PRO Neg Std, ACROS, Eterna Cinema et Astia. Sept recettes et sept moteurs de simulation distincts. Le résultat est une caméra capable de changer véritablement de caractère selon ce que le moment demande, non seulement dans le ton ou le contraste, mais dans la façon fondamentale dont la couleur et la lumière sont interprétées. Sept emplacements pleinement utilisés, c'est un X100vi qui est, en pratique, sept caméras différentes.

A plate of oysters garnished with parsley on an ornate tablecloth with a glass of water and some food items in the background.

Ce que je cherchais

Je ne suis pas photographe de rue. Je ne cours pas après le drame ni les moments décisifs au sens classique du terme. Ce que je photographie le plus, ce sont des tables, des repas partagés avec des gens que j'aime, du bon vin, une lumière chaude et une conversation sans hâte. Je photographie aussi en voyage, dans des moments documentaires tranquilles et parfois des fleurs. Des sujets qui demandent de la patience plutôt que de la vitesse.

Ce que je voulais de mes recettes était simple à décrire et difficile à obtenir : des images qui semblent réfléchies plutôt que filtrées, organiques plutôt que numériques et chaudes sans être manipulées. Le genre de photographie qui donne l'impression d'avoir été prise avec un bon objectif, une belle lumière et laissée presque intacte.

En d'autres termes, la photographie lente. Des images qui murmurent plutôt que crient.

D'où vient l'inspiration?

Mes références ne sont pas là où on pourrait s'y attendre.

Certaines recettes sont nées de caméras qui me plaisent bien. En particulier, dans l'univers Leica, où la science des couleurs et le rendu tonal ont longtemps établi un standard que la photographie numérique rattrape encore. Le Leica X Typ 113, avec son rendu doux et naturel. Le légendaire Leica M9 , un boîtier à objectifs interchangeables dont le capteur CCD Kodak KAF-18500 a produit certaines des images numériques les plus distinctives de son époque, avec une palette inspirée du Kodachrome qui reste incomparable. Le Leica Q3, caméra compacte à objectif fixe, précise et tridimensionnelle, honnête dans son rendu de la lumière.

Une recette est venue d'ailleurs, d'un film qui m'a profondément touché. Les enfants vont bien, réalisé par Natan Ambrosioni avec la photographie de Victor Séguin, m'a saisi; non seulement pour son histoire, mais pour la qualité de ses images : douces, naturelles et ancrées dans l'émotion. Je n'avais jamais entendu parler de Victor Séguin avant de voir ce film. En rentrant chez moi, j'ai élaboré une recette.

Une recette est une variation élaborée en hommage à une recette qui me plaît beaucoup : OWH Analog de Øyvind Nordhagen. Je l’ai adaptée avec toute la transparence et le respect que son travail original mérite.

A small blue boat filled with tangled ropes floating in the water near a dock, with a row of white boats with outboard motors moored in the background.

Comment cette série est organisée?

C'est une série de neuf articles. Celui-ci est le premier.

Les sept qui suivent présentent chacun une recette en entier : les réglages, le raisonnement derrière chaque paramètre, l'intention esthétique et les conditions dans lesquelles elle fonctionne le mieux. Ils sont écrits dans l'ordre qui offre la meilleure expérience de lecture, en progressant du fondamental au complexe et du technique à l'émotionnel. Le neuvième et dernier article est une conclusion : un regard en arrière sur ce que cette série aura été, et sur ce qu'elle signifie.

Les recettes portent le préfixe CW, ma signature personnelle, dont j'expliquerai la signification dans le dernier article.

Elles ont été élaborées pour le Fujifilm X100vi et son processeur X-Trans V, mais la plupart se transposeront sans difficulté sur n'importe quelle caméra Fujifilm récente disposant des mêmes simulations de film.

Une note sur ma façon de photographier

Toutes les photos produites avec ces recettes sont directement sorties de la caméra (SOOC). Pas de retouche, pas d'étalonnage et pas d'ajustements après coup, mais des recadrages occasionnels pour la composition ou pour protéger la vie privée des sujets.

C'est un choix délibéré. Tout l'intérêt d'une recette est de confier le travail à la caméra et d'arriver à une image déjà complète au moment où l'on appuie sur le déclencheur.

C'est ce qu'on m'a enseigné dans une chambre noire, il y a quarante ans : réussir la prise de vue. Les outils numériques ont changé. L'exigence, elle, est restée.

A woman wearing a red top and denim shorts walking across a crosswalk in an urban area. In the background, there is a large office building with signs for EconoFitness and Hexa Physio. Several traffic lights and parked vehicles are visible, along with some pedestrians.

J'espère que vous y trouverez quelque chose d'utile, ou du moins quelque chose qui vous donnera envie de sortir, de ralentir, et de regarder.